Technique
La technique de l'épaulé-jeté du recordman du monde V. Martchouk
Résumé français de Tyazhelaya Atletika. Ezhegodnik 1982 (Moscou : Fizkultura i Sport, 1982), p. 30–34 : le texte est une paraphrase, non une traduction ; les illustrations sont les images originales.
Matériel
Analyse cinématographique d'un épaulé-jeté à 257.5 kg du super-lourd V. Martchouk (taille 178 cm). Les images renvoient à la séquence filmée, les positions aux fig. 1–2 ; « les épaules » désigne les centres des articulations de l'épaule.

L'épaulé, phase par phase
- Départ : pieds écartés d'environ la largeur du bassin, pointes légèrement ouvertes, barre à l'aplomb des articulations métatarso-phalangiennes, prise moyenne. Il abaisse lentement le bassin jusqu'à un peu au-dessus des genoux : tronc à environ 40° par rapport au plateau, épaules ≈ 3 cm en avant de la barre, bras tendus, tête presque droite, tibias touchant la barre.
- Décollage (0.22 s de montée en force) : les extenseurs du genou font le travail. Contrairement aux autres haltérophiles, ses épaules montent tout droit plutôt que vers le haut et l'avant, si bien que la barre monte à la verticale au lieu de venir vers lui.
- Premier tirage (extension des jambes, 0.51 s) : l'extension des jambes s'arrête à un angle du genou d'environ 140° (les autres ≈ 150°) ; hanches ≈ 95°. Les épaules finissent 8 cm en avant de la barre, qui est au niveau des genoux, à 52.5 cm de hauteur.
- Double flexion des genoux (≈ 0.1 s) : une vigoureuse extension du tronc porte les genoux et les hanches vers l'avant et le bas jusqu'à un angle du genou de ≈ 126° ; barre proche de mi-cuisse à l'aplomb du milieu du pied, épaules 2 cm en avant, tibias à 70°. Entre les genoux et mi-cuisse, la barre atteint sa vitesse maximale du premier tirage, 1.55 m/s.
- Explosion (0.2 s) : les jambes et le tronc s'étendent ensemble jusque sur la pointe des pieds ; vitesse de la barre 1.8 m/s. La barre se rapproche d'abord de 2 cm, puis monte et avance jusqu'à 2 cm en avant de sa ligne de départ.
- Descente sous la barre : les bras travaillent activement (fléchisseurs, puis extenseurs) pour amener le corps sous la barre ; sa trajectoire se recourbe en une boucle descendante ; les pieds se déplacent latéralement et légèrement vers l'arrière. L'appui sur les pointes dure 0.13 s après l'explosion, le temps sans appui 0.07 s ; à la réception la barre culmine à 113.5 cm. L'amortissement (0.25 s) l'abaisse de 26 cm jusqu'à 87.5 cm sur la poitrine. Descente sous la barre 0.45 s ; tirage et descente ensemble 1.26 s.
- Relevé : à partir d'une flexion peu profonde (tronc légèrement incliné vers l'avant, genoux écartés, coudes hauts), il se relève en levant le bassin en premier.

Jeté depuis la poitrine
- Les hanches n'étant pas reculées au départ, le centre de gravité se trouve plus loin des chevilles que l'optimum, si bien que dans la flexion il se déplace vers l'avant et la barre avance de 3 cm.
- Flexion : 19 cm (10.6 % de la taille), genoux à environ 102°, 0.46 s ; la vitesse de la barre monte à 1.05 m/s sur les 12 premiers cm (63 %, section A), puis est freinée sur 7 cm (section Б) ; pause de 0.06 s.
- Poussée : vitesse de sortie 1.78 m/s, atteinte 2 cm au-dessus de la poitrine ; la barre finit 5 cm en avant de sa position sur la poitrine. Il se pousse ensuite vers le bas en fente ; la barre se déplace en ligne droite, portée à 27 cm au-dessus de la poitrine, avant qu'il ne se relève et la fixe.

Traits distinctifs
- Extension incomplète des tibias dans le premier tirage : 85° par rapport au plateau au lieu de la verticale.
- Le tronc s'étend avec les jambes : ≈ 40° à la fin du premier tirage et ≈ 70° avant l'explosion (les autres 30° et 60°). La vitesse du premier tirage est donc plus élevée ; le rapport de vitesse entre la première et la seconde phase, 100 : 116, met l'accent sur le premier tirage.
- Double flexion des genoux brève : ≈ 15° de flexion au lieu des 25° habituels (150° à 125°), de sorte que peu de vitesse de la barre est perdue.
- Réception très haute : 87.5 cm, au-dessus du maximum précédent de 85.5 cm pour des haltérophiles de sa taille. Il tire ainsi la barre jusqu'à 113.5 cm, 64 % de sa taille — le maximum pour cette taille (moyenne 60 %, soit 107 cm) — preuve d'une force supérieure à celle des autres haltérophiles.
- Descente sous la barre exceptionnelle : par la seule inertie, la barre n'aurait atteint que 100 cm. La hauteur supplémentaire vient de son appui sur les pointes plus long, pendant lequel il travaille sur la barre, se plaçant sous elle tout en la faisant monter. Un temps de vol court lui permet de recevoir la barre avant qu'elle ne subisse une accélération négative, et un amortissement rapide limite la chute à 26 cm (22.5 cm avec 247.5 et 260 kg) contre un minimum précédent de 25 cm. Ce fut la clé de l'épaulé record.
- Jeté depuis la poitrine dans l'optimum habituel ; moyennes pour des haltérophiles de sa taille : flexion 18 cm, genoux 104.5°, poussée 27 cm, vitesse de flexion 1 m/s, vitesse de poussée 1.72 m/s.